Qu'est-ce qui empêche Biden de normaliser les relations avec Cuba ?

foto Joe Raedle/Getty Images

L'élection de Biden comme président des États Unis fait espérer aux Cubains qu'il va remettre en route la normalisation des relations entre les deux pays. Les analystes aux États Unis avertissent cependant qu'il ne faut pas placer les espoirs trop hauts. 
Biden a déjà fait savoir qu'il allait reconsidérer les relations avec Cuba. Le 16 février 21, le journal du Los Angeles Times a écrit que « prochainement les transferts d'argents via Western Union vers des familles à Cuba vont être possible à nouveau. Les restrictions de voyage vers Cuba pour les citoyens américains vont peut-être aussi être levées. De même que les bateaux de croisières pourront à nouveau visiter l'île et des pourparlers diplomatiques sont en cours ». Mais le journal ajoute que “ceux qui ont des attentes trop élevées risquent fort d'être déçus”.

La communauté cubaine de Floride
Biden va devoir prendre en compte la communauté cubaine de Floride. Si le reste des États Unis ne s’inquiète pas de Cuba, l'influence de l'importante communauté d'américano-cubains en Floride pèse lourd sur la politique nationale envers Cuba. Une grande majorité d'entre eux veulent maintenir le blocus économique sur Cuba ; même si l'on sait que ces sanctions, durant depuis plus de 60 ans , n'ont pas eu le résultat escompté. Le langage incendiaire du président Trump contre l'île et contre le socialisme a confirmé et renforcé le ressentiment de la communauté cubaine. Ils trouvent que Cuba fait trop peu de concessions pour justifier une levée du blocus. Mais en même temps, ils sont favorables à la reprise des relations diplomatiques.

Aller à petits pas
Les analystes conseillent à Biden d'y aller à petits pas. Le ton sur lequel Biden parle de Cuba marque déjà une grande différence avec son prédécesseur. De plus, Biden peut avoir besoin d'alliés sur le plan de l'agriculture et de l'industrie. L'année passée en 2020, les entreprises étrangères ont investis 2 milliard de dollars à Cuba, un montant important que les entreprises américaines ont raté. 

Sous Obama, les hommes et femmes d'affaires espéraient voir se terminer le blocus et que Cuba s'ouvre aux investissements, ce qui n'est pas arrivé. De plus, Il y a des dizaines de millions de dollars que les États Unis dépensent annuellement pour soutenir l'opposition dans l'île pour “réparer la démocratie”, argent perdu vu que la population cubaine reste fidèle à ses leaders. 
Ric Herrero, directeur du Cuba Study Group à Washinton, recommande à Biden d'intégrer la communauté cubaine dans le processus de normalisation. Ce n'est pas impossible, comme l'a montré Obama. Lui il avait réussi à faire rentrer les cubano-américains dans sa vision. Ils y ont vu comme avantages : des visites de leur famille, des transferts d'argent, et même des investissements dans des entreprises indépendantes de leur famille. En 2016, quand Obama a renoué les relations diplomatiques avec Cuba, il était soutenu par 2/3 de la communauté cubaine. Une enquête de la Florida International University a montré que cette même année, 63% des répondants était pour la levée du blocus. Conclusion : la voix du président est d'une importance cruciale pour obtenir le soutien du pays et des américano-cubains pour sa politique.

Donnant-donnant ?
Tout aussi important le soutien politique du Congrès. L'opposition au Congrès ne peut pas être ignorée avec des figures très connues comme : Marco Rubio, Ted Cruz, Robert Menendez (Sénat) et Mario Díaz-Balart (Chambre). Mais cela va plus loin. Que ce soit sous les démocrates ou avec les républicains, l'idée reste que le gouvernement cubain n'a pas fait assez pour libéraliser l'économie et garantir les libertés politiques. Biden est aussi en partie dans la même ligne. En pleine campagne électorale, il a déclaré que la politique de Trump “a seulement causé des dommages au peuple cubain mais n'a pas fait avancer la démocratie et les droits humains”. Pour Cuba, c'est un « pont trop loin ». Cuba tient à son autonomie et s'oppose avec force à toute ingérence dans ses affaires intérieures. De plus le pays considère qu'en matière de droits humains, les États Unis feraient bien de regarder d'abord chez eux, pour exemple : les pourcentages de grande pauvreté. En d'autres mots, il va encore falloir pas mal de travail diplomatique pour que les relations entre les Etats Unis et Cuba puissent se normaliser.

Sources :
https://thehill.com/opinion/white-house/537944-its-time-for-bidens-cuba  
https://www.worldpoliticsreview.com/trend-lines/29414/a-simple-reset-won-t-make-cuba-u-s-relations-more-sustainable