Blocus contre Cuba : pour Leterme et Flahaut, la Belgique doit condamner les menaces militaires américaines et soutenir une aide humanitaire

La Libre - Opinions 27 10 26

La Libre a publié le 27 10 26 la tribune suivante: A la veille d'un vote à l'Onu, un collectif, dont l'ancien Premier ministre Yves Leterme et l'ancien ministre de la Défense André Flahaut, appelle notre gouvernement à poursuivre sa tradition de soutien au droit international et à refuser toute tentative de changement de régime imposée de l'extérieur.
Depuis le début de cette année, Cuba a été confrontée à un lourd blocus énergétique de la part des États-Unis. Le 28 octobre aura lieu pour la 34e fois le vote sur le blocus américain de Cuba à l'ONU. La Belgique a toujours voté en conformité avec le droit international et les droits de l'homme. Depuis cet été, une menace militaire s'ajoute à ce blocus vieux de six décennies. La Belgique ne peut pas détourner le regard, mais doit s'exprimer explicitement en faveur du droit international, contre le blocus et contre une intervention militaire.
Le 29 janvier 2026, Donald Trump a signé un décret présidentiel exposant les pays qui fournissent du pétrole à Cuba à des droits de douane élevés. Depuis lors, les fournisseurs subissent des pressions et les transports de pétrole sont menacés. Dès lors, presque plus aucun pétrole n'entre dans le pays.

Une grave crise humanitaire
Mais le blocus va au-delà du pétrole. Les denrées alimentaires, les médicaments et d'autres produits de première nécessité sont également bloqués. Des milliers de conteneurs sont immobilisés dans les ports des Caraïbes, avec de lourdes conséquences pour les hôpitaux, les transports, l'électricité et l'approvisionnement alimentaire. Ces mesures viennent s'ajouter à des décennies de sanctions américaines.
Pour la population, la situation est catastrophique. Les Nations unies mettent en garde contre une grave crise humanitaire. En raison des pénuries de médicaments, d'énergie et d'équipements, la mortalité infantile a fortement augmenté et des milliers de Cubains ont déjà perdu la vie. Cela rappelle les pratiques médiévales d'affamement que nous pensions appartenir au passé.

Menace militaire US 
Depuis cet été, une menace militaire vient s'y ajouter. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré en août, pour la deuxième fois, que "toutes les options sont sur la table, y compris les options militaires". Selon CBS News, de hauts responsables du Pentagone ont également examiné en juillet des scénarios militaires concrets. Fin septembre, le président Trump a réitéré ses menaces à l'égard de Cuba lors de l'Assemblée générale des Nations unies.
L'opération militaire contre le Venezuela au début de cette année et la guerre contre l'Iran montrent clairement que les menaces de Trump de recourir à la force militaire contre un autre pays ne relèvent pas du bluff. Avant les élections de mi-mandat, une action militaire contre Cuba est peu probable, mais par la suite, une intervention militaire est loin d'être exclue.

Non à la loi du plus fort
Cuba ne constitue en aucun cas une menace militaire ou économique pour les États-Unis ou pour d'autres pays. Les États-Unis et Cuba sont tous deux des États souverains membres des Nations Unies. La Charte des Nations Unies s'applique donc à ce conflit.
Selon cette Charte, des sanctions internationales contraignantes ne peuvent être imposées que par le Conseil de sécurité. Le blocus économique et énergétique actuel manque de toute légitimité internationale. L'article 2, paragraphe 4, interdit en outre la menace ou l'usage de la force contre des États souverains.
Ce principe est essentiel. Aucune grande puissance ne peut décider quels peuples ont droit au développement, à l'énergie et à l'autodétermination, et lesquels n'y ont pas droit. Si ce principe est abandonné, nous basculerons dans la loi du plus fort.

Plusieurs pays se sont déjà prononcés
Plusieurs pays se sont déjà prononcés contre une intervention militaire. En avril 26, le chancelier allemand Friedrich Merz a rejeté toute intervention militaire, parce que Cuba ne constitue pas une menace et qu'un changement politique ne peut passer par des moyens autres que diplomatiques.
L'Espagne, le Mexique et le Brésil ont également demandé, dans une déclaration commune, le respect du droit international, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté cubaine. Le gouvernement britannique a plaidé pour une solution pacifique et diplomatique ainsi que pour le respect du droit international.
Le Parlement portugais a demandé la fin des menaces américaines. Le Canada a souligné que le changement politique devait se faire pacifiquement, par les Cubains eux-mêmes et dans le respect de la souveraineté de l'État.

Appel au gouvernement belge
Par le passé, la Belgique ne s'était pas laissé entraîner, à l'égard de Cuba, par la politique hostile de Washington ni par la pression conservatrice au sein de l'Europe. Cette tradition de diplomatie indépendante doit aujourd'hui être poursuivie. 
Nous demandons donc que le gouvernement belge se prononce expressément contre toute intervention militaire américaine possible à Cuba. La Belgique doit faire clairement savoir qu'un changement de régime imposé de l'extérieur, la menace militaire et l'étranglement économique ne sont pas des instruments acceptables.

Un approvisionnement énergétique humanitaire
Nous demandons également que la Belgique contribue à un approvisionnement énergétique humanitaire rapide, sous la forme d'un corridor de carburant garanti et protégé par les Nations Unies et des partenaires régionaux, afin que les centrales électriques, les hôpitaux, les transports, l'approvisionnement alimentaire et les services de base à Cuba puissent recommencer à fonctionner.
Enfin, nous demandons un soutien belge à une réforme énergétique durable à Cuba. Des investissements dans l'énergie solaire, la biomasse et les réseaux énergétiques locaux peuvent rendre l'île moins dépendante du pétrole étranger et mieux la protéger contre de futurs blocus. La Belgique ne peut pas attendre que la situation s'aggrave encore. Elle doit faire entendre sa voix maintenant: pour le droit international, pour la protection humanitaire et pour le droit du peuple cubain à déterminer lui-même son avenir.


Signataires:
Sarah Neutkens (écrivaine, compositrice et artiste visuelle), Alexander Deprez (auteur, réalisateur, artiste visuel et musicien), Yves Leterme (ancien Premier ministre), André Flahaut (ancien ministre de la Défense), Jan Fermon (avocat au barreau de Bruxelles, membre du bureau de l'Association Internationale des Juristes Démocrates), Marc Rigaux (ancien juge du Conseil d'État), Pierre Galand (ancien sénateur et secrétaire général d'OXFAM Belgique), Geoffry Goblet (secrétaire général de la Centrale Générale de la FGTB), Hillal Sor (secrétaire général des Métallurgistes de la FGTB), Bert Engelaar (président de la FGTB), Ann Vermorgen (présidente de la CSC), Marie-Hélène Ska (secrétaire générale de la CSC), Lieveke Norga (secrétaire générale de ACV Puls), Patrick Rehan (coprésident de l'ABVV Horval), Julie Jaroszewski (artiste et chercheuse), Toine Thys (musicien), Claude Semal (auteur, acteur, chanteur), Patrick Bebi (professeur d'Art Dramatique), Jaco Van Dormael (cinéaste), Caroline Lamarche (autrice), Nordine Saidi (Bruxelles Panthères), Taha Adnan (auteur), Hugues Le Paige (journaliste-réalisateur), Manu Scordia (dessinateur), David Murgia (acteur), Ng Sauw Tjhoi (ancien journaliste de la VRT), Guido Belcanto (chanteur), Veerle Baetens (actrice et réalisatrice), Tom Lanoye (auteur), Koen Mortier (réalisateur de films), Flip Kowlier (auteur-compositeur-interprète), Els Dottermans (actrice), Rik Pinxten (professeur émérite d'anthropologie, UGent), Gert Van Hecken (professeur UAnvers), Pieter De Vos (cinéaste), Joke Devynck (actrice), Laura De Vos (professeur adjoint en études nord-américaines), Ciska Dhaenens (auteure-compositrice-interprète), Rudy Sohier (ancien animateur de formation, Centrale Générale), Luc Vanheerentals (journaliste), Paul Trio (professeur émérite d'histoire, KUL), Dominique Willaert (créateur de théâtre, auteur), Francine Mestrum (auteure et présidente de Global Social Justice), Marc Van Camp (éthicien – journaliste), Marc Vandepitte (philosophe, auteur), Katrien Demuynck (auteure), Ibe Rossel (auteure), Leen Dendievel (actrice et auteure), Saskia De Coster (auteure), Teddy Tops (auteure), Katrien De Ruysscher (actrice), Johannes Genard (artiste musical), Katrien Vanderlinden (artiste plasticienne), Brent Vanneste (chanteur), Charles Ducal (auteur, Poète National 2014-2015), Lebuin D'Haese (artiste plasticien, poète), Gregory Vandamme (acteur), Nick Hannes (photographe), Violet Braeckman (actrice), Frans Wuytack (sculpteur et poète), Serena Wuytack (danseuse et chorégraphe), Fabio Wuytack (cinéaste), Nathan Ysebaert (guitariste), Thibaud Dooms (acteur), Heleen Debruyne (auteure et chroniqueuse), Jana Antonissen (journaliste et auteure), Bram Terryn (secrétaire Gazelco Brabant flamand), Daan Hugaert (acteur), Lode Vanoost (ancien député fédéral), Inès al Share (politologue, militante et poétesse), Grégoire Lalieu (journaliste indépendant), René Los (économiste), Dalilla Hermans (auteure), Koen Bogaert (professeur, département des études sur les conflits et le développement, UGent), Dita Toska (chercheuse à la VUB), Gregory Mauzé (coprésident de la CNAPD), Wim Leysens (président de La Coordination pour la levée du blocus de Cuba), Raymond Verbinnen (président des Amis de Cuba), Aymara Polanco (Cubanismo), Bart Verstraete (directeur générale WSM), Robert Tangre (président de L'Association Joseph