Biden pourrait-il d'un trait de crayon barrer Cuba de la liste des pays terroristes ?

Banderas EEUU&Cuba

Une semaine après l’investiture du président Biden, sa porte-parole Jen Paski déclarait que les Etats Unis allaient revoir leur politique envers Cuba, en commençant par toutes les mesures prises par Trump au cours des 4 années précédentes.  Mais le président Biden pourrait-il sans plus aussi retirer Cuba de la liste des pays qui soutiennent le terrorisme.

A la mi-janvier 2021 Mike Pompeo, ministre sortant des affaires étrangères pour les Etats-Unis a inscrit Cuba sur la liste des pays qui soutiennent le terrorisme. 
Il a de la sorte mis un obstacle supplémentaire pour le président Biden récemment investi. Revenir en arrière et effacer Cuba de cette liste ne semble pas simple à faire d'après l'histoire passée. 
En mars 1982, le président Reagan avait mis Cuba sur cette liste argumentant que ce pays soutenait les mouvements de libération d'Amérique centrale tout comme le terrorisme. Depuis lors, Cuba est restée sur cette liste pendant 33 ans bien qu'aucune preuve de ce soutien.n'ait été apportée.  
Les présidents suivants n'ont pas jugé politiquement opportun d'enlever Cuba de cette liste. La crainte de répercussions électorales du puissant lobby anti-castro de Floride était présente. Au milieu des années 90, l'administration Clinton a confié à Richard Nuccio la mission d'explorer les conditions pour retirer Cuba de cette liste. « Je n'ai jamais trouvé d'argument convaincant justifiant la présence de Cuba sur cette liste. Cela a été fait pour des raisons politiques et cela reste tel pour des raisons politiques. Cette affirmation est soutenue par le fait qu'au cours des années, les Etats Unis et Cuba ont collaboré dans la lutte contre le terrorisme. Après une série d'attentats à la bombe contre des hôtels à la Havanne en 1997, les services de renseignements cubain et américain ont travaillé ensemble pour éviter de nouvelles catastrophes. 
L'élection du président Obama a suscité l'espoir après qu'il ait déclaré que la politique envers Cuba était en révision. Il n'a cependant pas fait le pas tout de suite et cela prit encore 6 mois - le 14 avril 2015 – pour qu'Obama retire Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme. Obama dit n'avoir aucune preuve ni en politique ni dans les faits justifiant cette mesure. Depuis lors la politique de Cuba n'a pas changé ; Et pourtant l'administration Trump a remis Cuba sur cette liste.  Une politique honteuse contre Cuba mais aussi contre le président Biden. Mettre Cuba sur cette liste semble se faire sur signature du président. Mais faire le mouvement inverse ne semble pas évident au vu des résultats électoraux.

Mais il y a aussi des questions de procédure. 
Le Président Biden peut avec sa signature mettre en oeuvre toute une série de décisions de son prédécesseur. Mais un changement sur la liste des pays terroristes nécessite une revision formelle par le ministre des affaires étrangères (State Department) et une déclaration présidentielle au Congrès. Après cela, suit une période de 45 jours au cours de laquelle, les membres du congrès peuvent introduire des objections. Des hommes politiques aux ambitions électorales comme Pompeo ou Marc Rubio ne vont pas rater l'occasion de plaire à l'électorat de Floride. Ils ont actuellement une belle occasion d’attaquer l’administration Biden et de contrecarrer la normalisation des relations avec Cuba. 

Une proposition de loi pour lever le blocus.
Entre temps, le président de la Commission Finances du Senat, le démocrate Ron Wyden a soumis une proposition de loi pour lever toutes les sanctions contre Cuba. “Les sanctions sont un résidu des années 60 du siècle passé.  La poursuite d’une politique obsolète et défavorable afin d’isoler l’île signifierait un échec pour le leadership des Etats Unis” souligne Wyden. La proposition de loi sur le commerce entre les Etats Unis et Cuba doit annuler toutes les lois blocus comme la Loi Helms-Burton et la Loi Torricelli. Des relations commerciales normales pourraient alors être enfin possibles.  Simultanément, la loi leverait aussi les barrières aux “remesas”(transfert d’argent), aux investissements et aux voyages vers Cuba. 
Wyden a déjà pris une initiative semblable en 2017 mais elle rencontra alors trop de résistance. Espérons que cette fois cette proposition sera approuvée par le Congrès.